Chilets : le coin technique

Imiter le langage des animaux et notamment le chant des oiseaux a depuis fort longtemps été une préoccupation pour l'homme, d'abord pour des besoins de chasse, mais ensuite aussi par plaisir, pour instaurer un dialogue avec nos petits compagnons ailés.
Utilisant en premier lieu des éléments naturels (roseaux entaillés, coquillages, noyaux divers …) l'un d'entre-eux a eu l'idée en 1868 de fabriquer des appeaux un peu plus sophistiqués et surtout plus solides. L'industrie du chilet était née !
Il est loin le temps où un simple noyau d'abricot percé et évidé, permettait d'attirer grives et autres oiseaux au poste. Aujourd'hui grâce à Bernard Raymond et Hélen Baud (les deux fabricants français) on trouve dans le commerce plusieurs modèles de chilets, complétés par des modèles de fabrication italienne (n°4 et 5).
Pour la grive musicienne, il existe en fait 3 types bien distincts suivant que l'on veut imiter le chant usuel ou le ramage de l'oiseau.

Chilets pour grive musicienne

Pour le chant usuel, on emploie l'appeau à soufflet (n°2) ou l'appeau à vis (n°1) qui permettent d'imiter le "tsic-tsic" si caractéristique des chiqueuses (d'où leur nom) lorsqu'elles sont dans les pins ou les haies le matin.
Pour le ramage on utilise des chilets à bouche (n° 3, 4 et 5).
Il existe des variantes de ces 3 types pour imiter notamment le cri de détresse de la grive ou que l'on peut coller sur la crosse du fusil, mais le principe demeure le même.
Les chilets à grive musicienne produisent un son plus grave que ceux destinés à l'imitation de la grive mauvis que nous verrons une prochaine fois.
L'emploi de l'appeau buccal permet par aspiration de reproduire le chant d'amour de la grive mâle. Le son vient du fond de la gorge, les notes doivent être toniques, mélodieuses et non criardes (c'est un chant d'amour ! ) et surtout correspondre aux notes de l'oiseau. Pour cela il suffit si l'on peut, d'écouter chanter des grives musiciennes dans une volière, au printemps. Un vrai plaisir !
Sinon, vous pouvez aussi venir dans une école du chilet (voir coordonnées par ailleurs) où l'on vous initiera à cet art et au secret du langage des grives.


Les chilets à merle.

Comme la grive musicienne, le merle noir est un très bon chanteur et l'on peut distinguer quatre thèmes principaux dans son chant.
Le chant d'appel, généralement traduit en "tchouc-tchouc" , que le merle émet lorsqu'il "dialogue" avec un congénère.
Le ramage ou chant d'amour, surtout émis à l'approche du printemps et pendant la période de reproduction, uniquement par le mâle, composé de notes flûtées et très mélodieuses.
Le cri du lever et du coucher, connu sous le nom de "pin-pin".
Et enfin, le cri d'alerte ou d'inquiétude traduit par un "touc-touc-touc" très rapide.
Le merle émet aussi des sifflements très fins , un "srih" étiré, un peu comme la grive mauvis, qu'il est très difficile de reproduire.
Comme pour la grive musicienne, il existe essentiellement deux types d'appeaux pour imiter le chant du merle noir, les appeaux à soufflet et les appeaux buccaux.


Pour imiter le chant d'appel, "tchouc-tchouc", on utilise un caù (prononcer caou). Le caù à soufflet (5) s'utilise par petits coups donnés en tenant le chilet par la partie supérieure (celle où se situe la partie métallique) et en tapotant la base du chilet sur le plat de la main ou sur le haut de la cuisse. On peut aussi exercer de petites tractions successives sur la partie arrière en jouant sur le ressort du soufflet, tout en maintenant la partie supérieure entre deux doigts.
Le caù buccal (1, 2, 3 ,4), généralement en forme de cornet, soit de fabrication personnelle (1, 2) soit industrielle (3, 4) s'utilise par petites aspirations répétées, qui doivent être rythmées mon non criardes, assez graves : " tchouc-tchouc – tchouc-tchouc-tchouc – tchouc…".
Pour le ramage, on utilise le chilet plat (7) , de préférence de taille moyenne, qui va donner un son plus grave que celui de la grive musicienne et qui va permettre de reproduire des phrases flûtées propres au merle noir. Le chant du merle doit être très mélodieux car bien que constitué d'un nombre de phrasés plus limité que celui de la grive musicienne, il n'en demeure pas moins très harmonieux.
L'appel du lever et du coucher peut être réalisé avec un chilet plus aigu (6) du type grive mauvis ou grive musicienne et est une suite de sons saccadés allant crescendo et s'accélérant au fur et à mesure "pin – pin pin – pin pin pin pin ….". Cet appel ne s'utilise généralement pas au poste car il n'est pas propre à attirer les oiseaux. On l'entend souvent au lever du jour et … dans les concours.
Enfin le cri d'alerte, très dur à imiter, est lui aussi très saccadé et relativement bref. Constitué d'un crescendo suivi d'un décrescendo il peut être reproduit avec un chilet plat (6 ou 7) et évidemment ne s'utilise pas au poste.
Si vous souhaitez en savoir davantage sur le chant du merle noir, n'hésitez pas à venir à l'école du chilet, nos professeurs se feront un plaisir de vous initier à celui-ci.
Pour qui a pu écouter la mélodie d'un merle noir, c'est un véritable ravissement, presque aussi enchanteur que le chant de la grive musicienne. D'ailleurs ne dit-on pas du merle qu'il est un beau parleur !



" chilets à merle" collection particuliére


Les chilets à grive mauvis

Après avoir étudié les chilets de la grive musicienne et du merle noir, faisons place à une grive qui est peut-être la plus petite des grives chassées dans la région, mais certainement la meilleure au niveau du goût et surtout celle qui nous arrive le plus tard dans la saison, souvent accompagnée d'une autre grive de passage, beaucoup plus grosse, la litorne, plus connue sous le nom de cha-cha.
La grive mauvis, puisqu'il s'agit d'elle, arrive chez nous début novembre, souvent avec les premiers coups de froid, et se déplace beaucoup en bandes.
L'attirer au poste n'est pas des plus aisés car son chant est assez difficile à reproduire. On distingue en fait 3 thèmes principaux dans son répertoire. Le cri en vol, "tsiiiih" ou "shiiih" très fin et très étiré, caractéristique de la siffleuse (dont vraisemblablement elle tire son nom local), le "tchoc …. tchoc" qu'elle pousse le matin tôt, lorsqu'elle se pose dans les arbres et enfin le chant proprement dit, qui se décompose en 2 phases, le chant d'appel que l'on peut traduire par "ti tre tru tru" répété 2 ou 3 fois et le ramage généralement précédé d'un "tra-tra" assez grave, suivi d'un gazouillis très fin et rythmé. Contrairement à la chiqueuse et au merle noir, le chant de la siffleuse est assez répétitif et comporte un nombre de phrasés assez restreint. Il n'en demeure pas moins difficile à imiter tant dans le rythme que dans la hauteur et l'intonation des notes.


Chilets à grives mauvis


Pour le chant d'appel et le ramage on emploie les chilets buccaux (1 et 5, fabrication française ou 2, fabrication italienne), plus petits que ceux de la grive musicienne et qui produisent un son plus aigu. La technique est la même, on procède par aspiration en essayant de prononcer la note. Pour le cri en vol, on utilise les chilets 3 et 4. Avec le chilet 3, il faut faire une petite aspiration brève, avec le 4, cette fois on souffle pour obtenir le "tsiiih". Pour le "tchoc … tchoc" on peut utiliser les chilets 1 et 2 ou le chilet 5 qui produit un son plus sourd, toujours par aspirations, très brèves et espacées (il faut en fait écouter l'oiseau et lui répondre comme si une autre grive mauvis était posée à proximité).
Enfin, comme la chiqueuse, la siffleuse réagit bien au cri de détresse que l'on peut imiter à l'aide du "tri-tri", chilet 6 (attention de ne pas l'avaler !) ou du chilet 7 à trois trompes. On utilise ces chilets par aspirations très rythmées reproduisant un "tri tri tri …" comparable au cri de détresse de la grive. Petite astuce pour le chilet 6, l'entourer d'un rond de caoutchouc que l'on trouve sur les bouteilles de limonade à l'ancienne (6 bis).
Ce cri permet de faire descendre un vol qui arrive ou de rapprocher des oiseaux éloignés. Mais pour attirer des oiseaux près du poste, il est préférable de reproduire le chant d'appel ou le ramage.
Pour la grive litorne, le nombre de chilets est relativement réduit, car en fait on distingue 3 thèmes parmi ses chants et cris.
Le cri proprement dit qui lui a valu son nom local "cha- cha", le miaulement traduisible par un "mi mi-mi" et enfin le ramage semblable à celui de la siffleuse, en beaucoup plus grave et entrecoupé de "tra-tra" ou "tcha-tcha".


Chilets à grives litornes

Le cri en vol ou lorsque l'oiseau est cimé s'obtient avec le chilet 1. Il faut aspirer en prononçant "tra-tra-tra …" ou "tcha-tcha-tcha …" et faire passer l'index en aller-retour sur la fente du tube plastique afin d'obtenir les modulations. Toutefois, certains vieux chasseurs n'utilisent pas de chilet pour reproduire ce cri, mais mettent la main en cornet devant la bouche en serrant le pouce et l'index et par petites aspirations successives arrivent à produire un son semblable au "tcha-tcha-tcha-tcha …" caractéristique de la litorne. C'est un peu la même technique qui est employée pour le perdreau.
On peut aussi pour reproduire ce cri utiliser le chilet 2 par petites poussées sur la partie arrière (attention au rythme) en tenant celui-ci de l'autre main par la partie en bois.
Le miaulement s'obtient avec le chilet 3 identique à ceux employés pour la chiqueuse ou la siffleuse, mais en soufflant simplement brièvement pour obtenir le "mi …". On utilisera les mêmes chilets pour le ramage avec une intonation plus grave, mais attention, il est très difficile à reproduire !
Pour parfaire vos connaissances ou améliorer votre technique, n'hésitez pas à venir à l'école du chilet où nos professeurs se feront un plaisir de vous initier au maniement de tous ces appeaux qui nous sont si utiles au poste ou à l'affut.

Claude Caffo,
Jean-Paul Florentino

Appeaux divers et méconnus

L’appeau le plus imposant connu concernant l’imitation spécifique dans le registre de la grive Musicienne mesure en effet 30 centimètres de long, est d’origine Italienne, il est destiné à reproduire le cri du ‘sambi’.
Ce ‘cri’ n’est pas un ramage, ni un chant, encore moins un cri d’effroi, il est destiné aux autres congénères comme un avertissement d’un danger imminent, il suffit d’observer le comportement des oiseaux migrateurs qui plongent se mettre à l’abri dans la végétation très dense après avoir entendu le ou les ‘sambi’, certains utilisateurs en ont plusieurs.
L’oiseau, dit : ‘sambi’ émet ce cri en affrontant le danger, il suffit de le regarder pour comprendre, il n’a pas peur. L’appeau présenté imite assez grossièrement le ‘ sambi’ mais il reste encore ce qui se fait de mieux au point de vue imitation, son utilisation parait facile, il suffit de souffler fort tout en tournant la petite manivelle, en fait pour poser des oiseaux avec cet appeau, il faut bien connaître le cri du ‘sambi’, cet appeau reste encombrant , onéreux et peu utilisé.


Cet appeau est assez particulier, il est traditionnellement utilisé par les riverains varois proches du bord de mer, ce qui se comprend aisément puisque cet appeau est une partie de la patte de l’araignée de mer, crustacé appelé sur le littoral Varois : Esquinade ou Gritte.
Son utilisation était utilisée principalement vers Le Merle, mais l’ensemble des turdidés réagit assez bien aux notes stridentes et modulées, d’autres oiseaux dont le Geai sont aussi très intéressés, la mise au point ainsi que l’ utilisation de cet appeau est une affaire de spécialiste, les écoles de ‘chilet’ vous initieront à son utilisation et la recette de ‘fabrication’, cet appeau est efficace pour les bons imitateurs et gratuit, après avoir dégusté une ‘Esquinade’ il vous reste en principe 2 appeaux à mettre au point, son utilisation est aussi redoutable envers certains prédateurs.

Celui-ci est aussi utilisé vers le Merle, le son produit surtout à l’aube ainsi qu’au crépuscule inquiète la faune environnante, il n’est pas utilisé longuement, le son est bref, répété et surtout puissant, il est accompagné de l’appeau du merle en forme de cornet : le ‘caou’, touc,touc touc….
Cet appeau est souvent de fabrication artisanale, il est composé de 2 planchettes évidées où se situe une lamelle élastique, il ‘suffit’ de souffler fort et à plusieurs reprises pour cet appeau soit efficace, d’autres Turdidés que le Merle peuvent s’intéresser sans oublier le Geai ainsi que divers rapaces .
Certains utilisateurs font état du cri, car c’est un cri que l’on produit avec cet appeau, certains vous diront que c’est le cri de l’Epervier, d’autres d’une certaine chouette, bref nos anciens souvent mélangent tout et ne dévoilent pas grand-chose : d’où la naissance des écoles de ‘Chilet,’ j’ai remarqué cet appeau dans une cassette vidéo d’Histoire Naturelle où l’imitateur appelait les vanneaux, c’est donc un appeau efficace , pluriel et vraiment pas cher, un modèle en plastique se trouve chez certains commerçants.

Signé : Jackie THEUNIS

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